Jeunesse et Couture

 Les
Dessous
 de la
Fabrique

Jeunesse et Couture

Avec Annie, Pascale, Marie-Paule, Rémy, Eliane, Claude.

Qui sont les ouvrières de Chantelle ?

Les ouvrières de Chantelle sont réunies par des caractéristiques sociales proches. Nées dans les années 1950, enfants du « Baby-Boom », issues de milieux ouvriers, souvent de la région nantaise, elles ont suivi une formation à un CAP couture, qu’elles ont obtenu ou non. Elles font partie de la génération de travailleuses pour qui le salariat a été synonyme « d’autonomie professionnelle et familiale », c’est-à-dire de l’acquisition d’un statut social autre que celui de « fille de… » ou « femme de… ». Pourtant, en devenant ouvrière d’usine de confection à 17 ans, elles s’inscrivent plutôt en continuité avec les trajectoires professionnelles de leurs mères que des jeunes femmes de leur génération qui, pour beaucoup, sont devenues des employées dans le secteur tertiaire.

Néanmoins, elles n’ont pas arrêté de travailler quand (et si) elles se sont mariées et ont eu des enfants. Rappelons qu’en 1960, 40% des femmes de 25 à 49 ans, c’est-à-dire 4 femmes sur 10, travaillent à l’âge d’élever des enfants, contre 85% aujourd’hui.

Signe d’une indépendance conquise, continuer à travailler s’inscrit aussi dans des stratégies de promotion sociale puisqu’un double salaire permet notamment d’envisager l’accès à la propriété.

Sources : Maruani Margaret, Meron Monique, Un siècle de travail des femmes en France. 1901-2011, Paris, La Découverte, 2012

1950

Le CAP couture, une formation féminisée et peu reconnue.

1960

L'habillement, un secteur industriel en plein déclin dans les années 1960-1970

1967

​Installation de Chantelle sur le site de Saint-Herblain

1969

Répartition du personnel embauché entre septembre 1966 et avril 1970, par catégorie de personnel et par sexe.

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1950

Le CAP couture, une formation féminisée et peu reconnue.

Quand elles sont embauchées à la fin des années 1960 et au début des années 1970, une grande partie des ouvrières sont familières du monde de la couture industrielle : qu’elles arrivent d’une autre usine de confection de la région ou qu’elles sortent tout juste de l’école, beaucoup d’entre elles ont suivi une formation à un CAP couture.

Les CAP industries de l’habillement, dont les dénominations et spécialités ont évolué depuis leur apparition au début des années 1950, ont constitué pendant les années 1950 et 1960 une voie d’entrée des femmes dans la formation professionnelle, domaine duquel elles étaient alors largement exclues. Néanmoins, très rapidement, et malgré leur grand succès, un décalage s’installe entre les « aspirations [des filles], celles de leur famille et la nature des emplois proposés ».

La féminisation de l’industrie de l’habillement et de la formation professionnelle qui doit y être attachée empêche une réelle forme de qualification professionnelle par le diplôme, ce d’autant plus que les emplois proposés sont majoritairement peu qualifiés et surtout en forte diminution.

Déjà, pour l’année 1958, Madeleine Guilbert notait que : « l’enseignement technique officiel dans ses sections industrielles forme 92% des jeunes filles pour les métiers de la couture qui occupent en réalité 22% des femmes actives dans les industries de transformation ». Les ouvrières de Chantelle font donc partie d’une génération de femmes qui seront plus probablement que leurs aînées diplômées d’un CAP mais le « CAP couture » reste moins reconnu que d’autres CAP plus attachés à des traditions artisanales et à des emplois qualifiés dans l’industrie.

Sources :

Divert Nicolas, « Le CAP de l’habillement: la fin d’un diplôme ouvrier emblématique? », Brucy Guy, Maillard Fabienne et Moreau Gilles (dir.), Le CAP. Un diplôme du peuple, 1911-2011, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013 ; Guilbert Madeleine, « Les modes de recrutement de la main d’œuvre dans quelques industries de la région parisienne », Revue française de sociologie, 1962, vol. 3, n°1.

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1960

L'habillement, un secteur industriel en plein déclin dans les années 1960-1970

La branche industrielle du textile-habillement a été une des premières à embaucher massivement des femmes à la fin du XIXe siècle en France et ce secteur est resté l’un des plus féminisés de l’industrie (80% pour l’habillement et 55% pour le textile en 1962).

Cependant, sa part dans l’emploi en France diminue dès le début du siècle : de 13% de l’emploi en 1906, les industries textile-habillement représentent 9% en 1936, 7% en 1954, 6% en 1962, alors que les industries métallurgiques représentent 10% de l’emploi en 1954 et 12% en 1968.

Les années 1960-1970 voient ce déclin s’accélérer. La branche, qui réalisait 8,3% des investissements en volume de l’ensemble de l’industrie en 1960, et encore 6,9% en 1970, n’en réalise plus que 3,3% en 1979. Aujourd’hui, le textile-habillement représente environ 1% de l’emploi en France.

Sources :

Maruani Margaret, Meron Monique, Un siècle de travail des femmes en France. 1901-2011, Paris, La Découverte, 2012 ; Vincent Micheline, « Vingt ans de textile-habillement », Economie et statistique, vol. 138, no 1, 1981

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1967

​​Installation de Chantelle sur le site de Saint-Herblain

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1969

​Répartition du personnel embauché entre septembre 1966 et avril 1970, par catégorie de personnel et par sexe.

Sources :

Archives Départementales de Loire-Atlantique 1270 W 115. Fond de la Direction Départementale du Travail et de l’Emploi. Listes du personnel. (Traitement des données brutes par Eve Meuret-Campfort)